Sur le kusen

Contexte

Transcription par Tenryû, de la réponse à une question posée en mondo à Neuvy en 2017 par Rinmyô.

Sur le kusen, Kojun Kishigami, 2017

 Rinmyô : Je souhaite poser une question sur le kusen. Je voudrais savoir si Maître  Sawaki enseignait durant zazen.

Oshosan : Il n’enseignait pas ! J’ai suivi son enseignement pendant dix ans, deux fois il parlé… 30 secondes…  allez… au maximum 2 minutes. Non,vraiment, il n’y avait pas de kusen. Par contre, quand il voyait que tout le monde était fatigué,  il disait de ne pas dormir par exemple.  Il n’y avait jamais de kusen comme en donnent en Europe les  godos pendant zazen. L’enseignement était donné pendant teisho, et pendant zazen on faisait zazen. Pendant qu’il fait un kusen, le godo ne fait pas zazen. Le kusen, ça dérange les gens qui font sincèrement zazen.  Ceux qui font cela.. après leur mort… ils vont tout droit en enfer ! Parce qu’ils empêchent la pratique juste. Il m’arrive à moi aussi, comme ce matin, de corriger la posture. Mais enseigner pendant zazen, jamais ! Ni chez moi, ni chez Kôdô Sawaki !

Zazen, c’est le temps du zazen. Donc pendant zazen ne faîtes que zazen. À Jinkoan, pendant les sesshin, je ne fais même pas de teisho ! On fait zazen pendant douze heures par jour à peu près. Le Bouddha par exemple,  il faisait zazen face à un arbre, et après il se retournait vers l’assemblée pour enseigner. Il reste d’ailleurs une expression : 観樹 regarder l’arbre ( faire zazen ), aujourd’hui on est face au mur. Dans le rinzai, c’est le contraire, on se fait face, il y a un esprit de compétition. Dans le zen de Dôgen, on n’est pas face à face, il n’y a pas de compétition entre les pratiquants. Quand on passe de ‘face à l’arbre’ à ‘face à face’, naît l’esprit de compétition, il n’y a pas cela chez Dôgen. À l’origine, au temps du Bouddha, on ne se faisait pas non plus face à face, on était tourné vers l’arbre. Il n’y a que dans le rinzai… Voilà…

Rinmyô : Merci beaucoup.

On trouvera ici, en anglais, le point de vue de Brad Warner sur le kusen, posté, pour la petite histoire, peu de temps après sa visite au Dojo Zen de Paris.